La vigne à l’épreuve du réchauffement

La vigne à l’épreuve du réchauffement

Vendanges avancées, profils aromatiques pertubés… La hausse des températures affecte la culture et la production du vin. Les pratiques vont devoir évoluer. Quelques pistes se dessinent.
[ Lire plus… ]

Ndlr : « Bordeaux de Normandie », « gros rouge qui tache du Pays de l’Aude », « vin lourd de Gironde », « Champagne d’ailleurs », n’hésitons pas…que de curiosités à goûter en perspective.  Quand j’étais gamin, on vendangeait fin septembre; On chantait, la récolte se faisait dans des gerles (le quasi équivalent de la comporte). Le raisin était directement foulé dans la gerle (un de mes doigts passé entre les pignons d’entraînement des cylindres quand j’avais 5 ans, tordu, s’en souvient encore). On ne montait pas jusqu’au repère, il pleuvait, alors on laissait la pluie compléter et on ajustait au moment de charger pour livrer. Il faisait froid, les jolies vendangeuses étaient transies dans leur cirés ou leurs K-Way, dont c’était la grande époque. Les cheveux collés par le sucre et la pluie, les bottes en caoutchouc couvertes de la boue des rangs de vigne détrempés.  A l’heure du « krat » (quart en patois jurassien, abréviation de quart d’heure pour dire la pause), ma tante nous faisait du thé bien chaud et bien sucré à la cannelle, des tranches de bon pain, du vrai pain introuvable aujourd’hui, avec du chocolat au lait Milka et du Gruyère. Qu’est-ce qu’on adorait ça.  …Puis on a remplacé les gerles par des caissettes. Comme les vendanges ne se faisaient plus à la levée du ban mais lorsque le raisin était mûr, il n’était plus possible de trouver du monde alors les jolies vendangeuses ont été remplacées par des familles de polonais qui chaque année écumaient l’Europe, commençant les vendanges au Sud de l’Espagne ou de l’Italie puis remontant au Nord par étape jusqu’à rentrer chez eux. Les chants ont été remplacés par le moteur du tracteur qui remplaçait le brandard.  Sommet du blues, cette année j’ai vu une jeune femme qui vendangeait en soutien-gorge ! Voilà qu’on a même finalement aboli le froid.  Mais il n’y a aucune raison de penser que ce soit un problème. Le « Bordeaux », au sens où nous l’entendons, n’a pas toujours existé. Il y a des vignes depuis 2000 ans dnas le bordelais comme ailleurs en France, mais les vins n’ont pas toujours été ce qu’ils sont et si nous avions la chance de pouvoir goûter une bouteille de chaque siècle depuis l’apparition des vignes, nous serions surpris de l’évolution, qui ne fait que continuer. Le vin est vivant, il est un tableau de l’Histoire, qui elle aussi est vivante. Et le fait de rechercher de nouveaux cépages pour s’adapter à ces changements ne fait que perpétuer l’Histoire de la vigne qui n’a eu de cesse d’inventer de nouvelles variétés, de nouveaux goûts, de nouvelles techniques de culture, de récolte, d’élevage et même de dégustation.

Short link : https://lmc.today/rmcy