« Il faut en finir avec le tourisme et retrouver le sens du voyage »

« Il faut en finir avec le tourisme et retrouver le sens du voyage »

À l’occasion de la réédition du Manuel de l’antitourisme du sociologue Rodolphe Christin, We Demain s’est interrogé sur l’avenir du tourisme et sur les alternatives possibles pour tenter de voyager autrement… [Lire plus…]

Ndlr : Aaah, le tourisme de masse… même si le CO2 on s’en fiche, on va en réalité en manquer très rapidement dans les prochaines décennies, il a des conséquences abominables. Le tourisme détruit TOUT.

Quand je vivais au Grau d’Agde, j’ai assisté à tout un tas de choses.

Des touristes qui gueulaient parce que je me garais devant la maison qu’ils occupaient, en me soutenant que si j’étais là c’était grâce à eux (alors que les touristes ruinent les régions qui doivent se surendetter pour bâtir des infrastructures délirantes et inutiles 80% de l’année).

La guerre des poubelles. Les habitants d’une résidence qui refusaient que le container soit devant leur mur d’enceinte parce que ça faisait sale et exigeaient qu’il soit de l’autre côté de la route le long de la clôture d’une petite maison de pêcheurs devenue comme les autres maison de touristes, avec la terrasse à 2 mètres.

La rue fermée, causant un bouchon de 15 km, un matin, parce qu’une bande d’allumés est arrivée torchée durant la nuit en deuche et l’a abandonnée au milieu de la route.

Je n’y ai vécu que trois ans, mais j’ai vite appris à faire la différence entre le touriste et le vacancier. Au début, les locaux m’en parlaient en me disant : « non, ça c’est un touriste »… je ne comprenais pas. Maintenant je sais et j’ai bien compris pourquoi le tourisme de masse est une engeance.

Régis Passérieux, l’ancien maire d’Agde, avait surendetté Agde pour accueillir les touristes. ll a bâti des avenues, des ronds-points, des zones commerciales. Il subventionnait massivement les attractions touristiques. Pour préserver la tranquillité, il limitait les heures de fiesta. La ville était au bord de la faillite avec seulement 8000 habitants. Et ce malgré ses centaines de milliers de touristes en trois mois.

Gilles D’Ettore est devenu maire, quand il a été intronisé, Georges Frêche lui avait proposé sa tutelle, en lui disant que de gouverner une ville si endettée était difficile et que sinon il la ferait couler, n’ayant pas d’expérience. D’Ettore a refusé, causant l’inquiétude et l’énervement de Frêche. Et il a fait exactement le contraire de Passérieux. Il a coupé toutes les subventions aux activités touristiques, en disant que si elles ne marchent pas, c’est qu’elles n’ont pas d’utilité. Il a cessé de financer des infrastructures destinées au tourisme, seulement au développement urbain. Lorsque des touristes se sont plaints du bruit parce qu’on faisait la fête au village à 2h00 du matin, il leur a rétorqué que c’était un lieu de fête pour les vacanciers et que s’ils n’étaient pas contents ils n’avaient plus qu’à s’en aller. Fallait oser dire ça à des vieux suisses qui s’étaient achetés des appartements pour les vacances et avant faisaient marcher à la baguette la station pour leur confort.

Très rapidement la population a été multipliée par 4 et la ville va aujourd’hui TRES bien… pourtant il y a toujours des touristes !

Ca, c’était au début des années 2000, depuis Majorque, Barcelone, Nice, Ibiza, ont vu les conséquences et ont agi aussi. Terminé la croyance que le tourisme est une richesse. Même les Maldives vendent désormais les îles avec des contraintes écologiques, parce que l’Etat ne parvenait plus à contrebalancer les effets néfastes du tourisme. Désormais, ce sont des privés qui s’engagent à respecter les contraintes et sont sanctionnés s’ils ne les respectent pas, double bénéfice.

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