RECIT. Comment la croisade des militants anti-migrants du « C-Star » a tourné au naufrage

RECIT. Comment la croisade des militants anti-migrants du « C-Star » a tourné au naufrage

Le groupuscule d’extrême droite Génération identitaire voulait perturber le travail des ONG qui secourent, en Méditerranée, des milliers de migrants laissés à la dérive par des passeurs.
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Ndlr : Un excellent récit passionnant, bien écrit, qui explique l’épopée raciste de xénophobes cinglés.  Mais il ne dit pas tout. Si le C-Star a changé de nom et de pavillon, c’est parce qu’à l’époque où il s’appelait Suunta, il a toute une histoire. Ce navire est une épave, rien de moins. A l’époque où il faisait du trafic d’armes, il a même été coulé, puis renfloué.  Je ne connais pas personnellement ce bateau, bien que j’en aie beaucoup entendu parler dans le passé pour diverses raisons, mais je doute très fort qu’il soit en état de naviguer et il a dû être assez difficile de trouver un Etat qui accepte de lui délivrer son certificat de navigation. Du coup, son problème est qu’il ne peut accoster que dans des pays à la législation maritime accommodante ou tout au moins peu regardante. Hors de question qu’il vienne accoster en Europe, où là il serait immédiatement arraisonné et confiné au port avec son certificat de navigabilité suspendu. De même aux Etats-Unis.  …Et je vous rappelle que où que nous allions sur cette planète, à un moment donné ou un autre, vous êtes en France ou aux Etats-Unis ou un partenaire sous influence ou protectorat maritime. Et ce n’est de toute façon pas parce que vous n’êtes pas chez l’un ou chez l’autre que le pays sera accommodant. Un pays comme le Chili, par exemple, ferait de même,  Un navire de cette taille consomme environ 15’000 litres/jour de carburant. Ca fait un moment qu’il se balade, il y a de fortes chances pour que les réservoirs soient à sec ou presque et qu’ils ne font tourner la génératrice sur les vapeurs de diesels résiduelles qu’occasionnellement pour recharger les batteries.  Du coup, dans la zone où il se trouve, il est très loin d’une terre où accoster. Entre les tunisiens qui le bloquent, la Syrie qui est en guerre, le Nord qui est européen, la Turquie qui a été victime de son trafic d’armes et son manque de carburant pour quitter la Méditerranée par le Canal de Suez ou Gibraltar, les options sont rares. D’autant que le capitaine du bateau est un gagne-petit. Les identitaires l’ont affrêté avec 200’000$, autant dire rien. Ce n’est pas comme si l’argent coulait à flots (sans jeu de mot). Et, de toute façon, personne n’accepterait d’aller aider ce navire sinistre, maudit du monde entier, célèbre dans le monde maritime. Un capitaine qui irait lui apporter du gasoil, si tant est qu’ils aient les moyens de le payer, serait pestiféré. A part couler, je ne vois pas… il se pourrait bien que les identitaires aient mis fin à l’Histoire du Suunta.  A mon avis, si le navire ne donne plus de nouvelles, c’est parce qu’il n’a plus d’énergie. Le capitaine a dû conserver 1000 litres de carburant histoire de faire tourner la génératrice une fois de temps en temps, les condamnant à économiser de partout, à camper même, en bouffant de la nourriture avariée faute de réfrigérateur. Et je pense que ça finira que le capitaine, faute de débouchés se laissera accoster pour demander de l’aide, les garde-côtes le prendront en remorque vers un pays quelconque où il sera démantelé et ce sera enfin la fin du Suunta.  Déjà, en soi, pour que le capitaine accepte cette mission ridicule, il devait être sacrément au bout du rouleau, ça sentait déjà la fin à ce moment-là.  Il faut aussi savoir que le capitaine n’est vraisemblablement pas un mauvais bougre. Le Suunta est son navire, il n’appartient pas à une compagnie, c’est son affaire personnelle. Des petits cargos comme celui-là, il y en a des centaines. Trop petits pour faire du transport de fret, ils ne peuvent que rendre les services qu’on leur demande. Ce capitaine ressemble au capitaine Haddock, dans l’image, le verbe et l’esprit (en t-shirt noir sur la photo centrale : https://www.tdg.ch/monde/commandant-bateau-antimigrants-prison/story/26064804 ). Sa vie, c’est naviguer sur son navire, le reste ne l’intéresse pas. Quand on fait ce métier, on apprend à ne pas se mêler des affaires des autres.  Je ne serais pas surpris qu’il coule avec son navire. Il va peut-être demander de l’aide pour qu’on évacue nos gentils nazillons et l’équipage, lui restera à bord pour son dernier voyage…

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