L’entreprise à mission détourne-t-elle l’entreprise de sa mission ?

L’entreprise à mission détourne-t-elle l’entreprise de sa mission ?

OPINION. Le statut apparu avec la loi Pacte donnerait aux entreprises un rôle politique qu’elles ne devraient pas avoir, leur vocation sociale étant avant tout de réaliser des profits… et de payer des impôts !… Par Frédéric Fréry, ESCP Business School (*) [Lire plus…]

Ndlr : Inconditionnellement d’accord. Ca fait des années et des années que je dis et répète que le seul et unique rôle d’une entreprise c’est de créer de la richesse et de payer des taxes. Si nous avons un système libéral, c’est parce que nous savons les avantages de la liberté d’initiative en matière d’innovation et donc de diversité économique. Mais fondamentalement l’entreprise est une tolérance de la société visant à permettre aux meilleurs de mettre à profit leurs capacités au bénéfice de l’ensemble avec la possibilité corollaire de s’enrichir. En échange de leur contribution la société érige ceux-là au-dessus de la mêlée.

L’écologie, le social, l’emploi, c’est le problème de l’Etat, l’entreprise n’a pas pour rôle de générer de l’écologie ou de l’emploi. C’est au système de mettre en place l’environnement économique et les règles faisant que le comportement de l’entreprise est conforme aux impératifs écologiques. Il n’y a pas à créer un cadre qui offrirait de prétendus avantages en échange d’une participation volontaire. La Loi Pacte n’est que la suite logique de la dérive progressive de l’idée de l’entreprise génératrice de richesse à l’entreprise génératrice d’emploi.
Et c’est très grave, parce que socialement c’est destructeur. Ca compromet la performance et donc la rentabilité des entreprises et par conséquent la prospérité économique. Il faut absolument s’extraire de l’idée que l’emploi serait favorable au développement sociétal. Ce n’est pas vrai, il est surtout un coût insupportable. L’emploi n’est socialement favorable à l’épanouissement humain que lorsqu’il est de qualité. Et il n’est de qualité que lorsqu’il ne résulte pas de la volonté de le créer, par des moyens artificiels et des subventions, mais qu’il est naturel, issu d’un besoin de main-d’oeuvre. Aujourd’hui l’emploi est de plus en plus mauvaise qualité parce que les emplois où l’humain est indispensable se trouvent rognés par les masses d’emplois inutiles dont le seul rôle est de donner du travail. Cette dévalorisation fait se rapprocher le revenu médian du SMIC, ce qui revient à répartir la pauvreté.
Et ce concept s’est progressivement répandu dans l’ensemble de la société au travers de son organisation qui s’est complexifiée pour générer de plus en plus d’emploi, ce qui induit un surcoût pour les entreprises qui du coup ne peuvent plus verser les salaires correspondants aux fonctions et donc ne trouvent plus de main-d’oeuvre à embaucher. On parle beaucoup des couvreurs en ce moment, un travail qualifié excellent, mais qui vaut 400€ de plus que les salaires proposés. Et les entreprises ne peuvent pas verser ces 400€, parce qu’ils sont déjà versés au travers des coûts de gestion issus de la complexification de la société pour générer de l’emploi.
Ca fait que la société se retrouve complètement sclérosée :
👉 La dette souveraine explose pour subventionner plus ou moins directement l’emploi. L’investissement pour avoir des emplois représente plusieurs centaines de milliers d’euros par emploi, ce qui est évidemment absurde.
👉 La qualité de l’emploi baisse constamment, il n’est plus porteur d’épanouissement personnel. Ce qui induit de la dépression, des soins de santé, des suicides, de l’anxiété, des troubles sociaux et donc de la violence, physique lors des manifestations et légale pour les chômeurs ou les plus pauvres.
👉 Les entreprises ne sont plus compétitives, engluées dans la complexité si onéreuse qu’elles peinent à payer leurs charges sociales qui sont d’autant plus élevées que la population va mal en raison de cette pression sociale.
👉 La diversité économique s’en ressent, parce que la population est trop occupée à chercher un emploi, conserver son emploi ou à bosser pour innover. D’autant que la protection de plus en plus dure des ouvriers fait qu’ils sont littéralement la propriété de leurs employeurs. Aujourd’hui si on a une bonne idée mais pas les moyens de la porter, ce qui est même impossible pour un salarié dans la plupart des cas, elle ne verra pas le jour. Alors que si on a une mauvaise idée mais les moyens de la porter elle verra le jour. Ce qui compromet la dynamique et la prospérité économique et donc implique des charges plus élevées pour assumer les charges de l’Etat.
👉 L’inégalité explose, parce que les plus riches bénéficient des avantages sociaux et fiscaux en échange de créer de l’emploi de plus en plus mauvaise qualité et donc de plus en plus précaire et mal payé.
👉 Ecologiquement la transition écologique patauge, parce que les solutions ne peuvent être appliquées parce que trop peu génératrices d’emplois, alors que les sources des problèmes sont préservées, à coup de méthodes telles que la Loi Pacte, pour préserver leurs nombreux emplois.
👉 L’environnement se dégrade, ce qui coûte de plus en plus cher, génère de plus en plus de troubles, d’instabilité, qui compromettent le fonctionnement de l’économie et donc la prospérité, ce qui génère de la dette et des complexités pour y répondre et donc des surcoûts pour les entreprises qui ne peuvent plus assumer les salaires à hauteur de ce qu’ils devraient être…
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