Le 20 avril 2010, une énorme explosion suivie d’un incendie emporte la plate-forme pétrolière Deepwater Horizon dans les fonds marins. Des millions de litres de
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Ndlr : Comme toujours, le pétrole n’était pas un problème, l’animateur de radio avait raison, l’océan se serait très bien occupé de ça lui-même, mieux et plus vite. Et ma position pourrait surprendre, mais je suis également d’accord avec Joe Barton. L’industrie ne fait que répondre à un besoin, commandé par tous. Les pétroliers n’ont aucune responsabilité dans ce genre d’accident. Ils font tout pour éviter qu’il ne se produise, mais l’accident restera toujours possible. Ce n’est pas comme les spécialistes en traitement de déchets spéciaux qui vont larguer dans l’océan des fûts toxiques parce que ça coûte moins cher. Que l’accident reste de la responsabilité de celui qui l’a causé est normal, qu’il en soit fait coupable est clairement anormal, ça relève du lynchage. BP a investi des sommes colossales dans la construction de ce puits, en utilisant les dernières technologies, ils ont dépensé sans compter, pour que ça ne se produise pas. Et pour raisons politiques on leur a tapé dessus comme des sagouins et ça c’est anormal. C’est un signe de décadence de notre société, qui veut bien commanditer un meurtre, mais qu’il soit pratiqué par un bourreau pour ne pas être meurtrière. Dans l’Antiquité, à Athènes, chaque année, pour je ne sais plus trop quels vèpres, on sacrifiait un taureau. Et ensuite on faisait le procès du couteau assassin.
En réalité, l’animateur de radio et le politique texan tous conservateurs soient-ils, avaient raison. Toutes les conséquences négatives que l’on voit là sont dues à l’intervention de l’homme pour nettoyer la zone et pas à la fuite de pétrole elle-même. Le pétrole est un fertilisant, il tue quelques oiseaux, il salit un moment les rochers, il fait pousser des algues tant qu’il est à la surface, mais très rapidement les enzymes le dégradent et il va se déposer au fond sous forme d’un limon fertile. Mais l’homme a des besoins économiques. Il faut que l’activité touristique et pêchière puisse reprendre tout de suite, alors on balance des surfactants à tout va, qui sont toxiques, irritants, polluants. Et ces produits vont transformer ce pétrole fertile en goudron toxique au fond de l’eau. Et ça pour une seule et unique raison : l’homme ne veut pas laisser ce pétrole à la nature trop longtemps, il veut ses activités économiques tout de suite. La nature mettrait 5 ans à tout nettoyer te tout remettre en ordre… l’homme lui veut que ce soit nettoyé la première année.
Quand j’avais 13 ans, en 1980, je suis allé en vacances au Cap Fréhel, en Bretagne. Pas loin d’où, deux ans avant, en 1978, s’était crashé l’Amoco Cadiz, qui avait été la plus grande catastrophe pétrolière de l’histoire…jusqu’à ce moment-là, depuis elle est devenue anodine. Parce que l’accident de l’Amoco Cadiz compromettait l’activité touristique, pêchière et même industrielle de toute un région, on a nettoyé les plages. Deux ans plus tard, il suffisait de creuser 10 cm pour trouver des galettes de goudron, pas du pétrole, du goudron. Parce qu’il faut savoir que le pétrole, lui, n’est pas très collant. Ils le rendent collant par un traitement chimique pour faciliter sa récolte. Pour nettoyer le pétrole sur les plages, il y a quatre méthodes :
- Le kärcher, avec un dissolvant, mais en plus du dissolvant qui du coup part à la mer, la méthode est très agressive, invasive et destructrice. C’est la plus rapide, mais la plus dommageable alors on ne l’utilise qu’aux endroits difficiles, comme dans la rocaille ;
- Manuellement avec des agglomérants, qui transforment le pétrole en boue épaisse comme du goudron, qu’il est alors plus facile de peller ou même d’empoigner en grosses galettes à la main. L’avantage c’est que le produit chimique part à la poubelle avec le pétrole. L’inconvénient, c’est qu’il y a des résidus chimiques un peu partout ;
- Manuellement avec une petite pelle, des torchons, des sacs. C’est l’idéal de ce qu’il faudrait faire, sans trop insister. On sauve la faune autant que possible, on enlève ce qu’on peut et c’est tout. L’inconvénient c’est que la plage restera sale un petit moment et l’activité économique va en souffrir. Mais la nature reviendra telle qu’elle était en 5 ans au plus;
- Rien, on ne fait strictement rien, au pire on sauve la faune qu’on peut, les oiseaux, les dauphins, les baleines, mais on laisse tout le pétrole tranquille. L’inconvénient, c’est que la côte sera dégueulasse dix ans. L’avantage, c’est qu’après la nature sera luxuriante, bien plus qu’avant l’accident.
L’Homme est naturel, c’est de la vanité que de croire que ce qu’il fait est « artificiel ». Ce qui est fait par l’Homme n’est qu’un moyen de plus de la nature pour évoluer. Pour aller ensemencer une mare quelque part, elle dispose de plusieurs moyens, les oiseaux peuvent amener des semences et même des poissons. Le vent peut amener des semences et parfois il draine même des poissons ou des batraciens. Ou alors l’Homme amènera ce qu’il voudra dans cette mare, ce qui relève aussi du hasard, la nature ne sait pas quelle idée passera derrière la tête de l’Homme. De même que pour ensemencer une mare, ce pétrole, elle en a besoin pour se fertiliser. Elle pourrait l’extraire dans un cataclysme, Un bon tremblement de terre et le pétrole se diffuse partout. Mais l’Homme est aussi un bon moyen qui marche très bien. Et Deep Horizon était un incident mineur par rapport à ce qui s’est eu produit.
A la fin de la première guerre du golfe, Saddam Hussein, avant de quitter le Koweït, avait ouvert en grand les vannes des puits de pétrole. Le Golfe Persique était couvert de pétrole. Nul ne sait combien de pétrole s’est déversé, mais c’est un minimum de 10 millions de tonnes, au bas mot trois fois Deep Horizon. Vu l’ampleur de la chose, de nettoyer était exclu et à l’époque tous les spécialistes du monde avaient averti qu’il n’y aurait plus de vie, déjà rare à cet endroit, durant 40 ans, que la zone serait impraticable probablement pour l’éternité, que les projets de développement dans la région étaient compromis, etc. Et dans cette région, l’absence de courant, les fonds sableux, font que la vie y était très limitée, quelques poissons, quelques algues, mais c’est tout. Mais comme l’ampleur interdisait de faire quoi que ce soit et ce d’autant que la vie n’était pas foisonnante à cet endroit, sans compter que l’économie ne vivait pas de la mer, on a rien fait ! C’est le seul cas connu de marée pétrolière d’ampleur où l’Homme n’est pas intervenu.
Dix ans plus tard Cousteau, curieux de voir l’état d’avancement des choses a envoyé la Calypso. Les plongeurs ont plongé dans les eaux redevenues bleues du Golfe Persique et ils l’ont trouvé magnifique, foisonnant de vie, luxuriant. Le pétrole avait été digéré par les enzymes, qui l’ont transformé en limon qui s’est déposé sur le fond sableux, lui permettant de faire pousser des algues. Sur les reliques de la guerre, des bateaux coulés, des armements jetés comme des ordures, du corail commençait à s’installer, des algues de toutes les couleurs de partout et des poissons mirifiques par bancs entiers. Je me souviendrai toute ma vie du film qu’ils ont ramené. L’équipe Cousteau n’en revenait pas : grâce à la marée pétrolière engendrée par la guerre du golfe le Golfe Persique, quasi désertique, était luxuriant, magnifique. Cousteau avait dit : « je ne connais qu’un seul endroit au monde où je vois la même chose, aux Caraïbes ». Le seul moyen que la nature avait trouvé pour ensemencer le Golfe Persique, c’était que l’Homme se fasse la guerre pour ouvrir les vannes des puits de pétrole nourricier.
