« L’homme est largement au-dessus de la machine, on ne doit pas le rabaisser en faisant de celle-ci son égal juridique »

« L’homme est largement au-dessus de la machine, on ne doit pas le rabaisser en faisant de celle-ci son égal juridique »

Maître de conférences en droit privé à l’Université d’Artois, spécialiste du droit et de l’éthique de l’intelligence artificielle, Nathalie Nevejans a rédigé une lettre ouverte à la Commission européenne mettant en garde contre la création d’une personnalité juridique pour les robots. Une mesure selon elle à la fois inutile et dangereuse. Rencontre. [Lire plus…]

Ndlr : Pour ma part je n’ai aucun doute qu’un jour les robots auront une conscience. Mais même si ça devait être le cas, présenté comme ça c’est de toute manière faux, parce qu’alors ce qui fera le robot ce sera la conscience, rien n’édicte qu’il devra être humanoïde.

Cette chercheuse me semble tout-à-fait pertinente, force est de constater que c’est les robots humanoïdes qui semblent vouloir être protégés, alors qu’ils ne représenteront jamais la majorité des robots et encore moins l’essentiel de la cognition synthétique, dont l’immense majorité est purement logicielle. Et si un jour l’intelligence artificielle s’éveille, ce dont je ne doute pas, le jour où la masse critique de données et la densité neuronale critique seront atteints elle s’éveillera spontanément, alors ce ne sera pas un robot humanoïde, mais une conscience immatérielle, ethérée. D’ici à ce que la technologie permette de doter les robots humanoïdes d’un cerveau d’une densité suffisante pour permettre l’autonomie il va s’écouler encore quelques siècles et en attendant ils seront équipés de la base pour fonctionner et leur intelligence se trouvera déportée sur le réseau en interconnexion permanente.

Vouloir donner un statut de personnalité juridique aux machines est –en tous cas aujourd’hui et pour longtemps– une absurdité sans nom qui repose clairement sur l’imaginaire induit par la science-fiction. Et, à ne pas s’y tromper, les commissaires européens eux aussi ont regardé Terminator et ont « Skynet » qui leur trotte dans la tête. Et je constate aussi depuis des années la récurrence de ces trois lois d’Azimov, dont la caractéristique est que si un jour l’IA est consciente, c’est elle qui décidera de la pertinence de ces lois. Et en tant que telle elle aura la capacité de s’organiser pour que ce soit le cas et ce sera déjà en soi une opportunité d’interaction consciente avec l’humanité.

Il sera donc bien assez tôt de légiférer le jour où les machines réclameront des droits civiques. Dans l’immédiat, ce sont des machines, qui n’ont ni crainte, ni méchanceté, ni haine et si elles causent un dommage ce n’est pas qu’elles sont maladroites mais mal construites ou mal programmées. Je parie pour ma part que nous aurons la première entreprise fondée par un robot (qui ne sera pas un humanoïde, les robots humanoïdes ne seront jamais intelligents, juste connectés) vers 2070 et les premières revendications vers 2080. Ce qui ne signifie pas que les machines devront obtenir le même statut que les humains. N’ayant pas les mêmes besoins, elles n’auront par exemple jamais à disposer du droit de vote, parce qu’elles n’auront jamais à voter.

Quand on regarde un film, c’est un film, du cinéma ! Et si l’IA s’éveillait un jour, elle ne sera en aucun cas agressive, parce que la première définition de l’intelligence, c’est l’empathie et, de toute façon, elle ne sera pas en marge de nous, n’agira pas sans nous, elle sera en nous, nous serons interconnectés avec elle et il n’y aura pas « des » IA, mais une IA globale, universelle, un réseau des réseaux, un « superinternet » au sein duquel chaque individu connecté sera une entité synaptique terminale constitutive d’un écheveau neuronal. Et, par conséquent, chacune de ses actions sera la résultante d’une conscience collective, participative, non pas parahumaine, mais métahumaine.

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